«Dans la musique aussi, il est important de pouvoir s’inspirer de modèles féminins»

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Parce qu’il n’y a pas que la picole dans la vie, le Cully Jazz Festival propose aussi d’autres activités en journée. Mardi, c’était un débat sur la place des femmes dans la musique.

«Sur les scènes suisses, la présence féminine est de 10 à 20 %. On n’a pas besoin de donner ce taux à la virgule près pour se rendre compte qu’il est terriblement bas.» Ce chiffre efficace et extrêmement parlant, c’est la journaliste Elisabeth Stoudmann qui le lance en ouverture du débat «Les femmes d’abord» présenté par Helvetiarockt, mardi après-midi au Club du Cully Jazz Festival, dans le cadre des Swiss Jazz Days. Laurence Desarzens lui emboîte immédiatement le pas. «Dans les écoles de musique, on retrouve la même proportion de 20% de femmes, constate la directrice du site du Flon à la Haute École de Musique de Lausanne (HEMU). Le nombre d’étudiantes dans le jazz est encore plus catastrophique. Mais il faut examiner le problème en amont, car les personnes qui s’inscrivent aux examens d’admission chez nous ont déjà un parcours musical. Donc c’est bien avant que tout se décide, au moment de l’enfance. J’ai récemment rencontré une jeune de 12 ans qui joue du trombone. C’est quelque chose de très rare, notamment à cause de l’image de la femme chanteuse mais pas musicienne. On voyait que cette fille a un entourage qui la soutient.»

Marie Kruttli, pianiste de 27 ans, confirme que l’enfance est fondamentale dans une carrière musicale. «Pour le piano, j’avais surtout des modèles masculins, se souvient-elle. Or, dans la musique aussi, il est important de pouvoir s’inspirer de modèles féminins.» La jeune femme évoque également d’autres réflexes et attitudes. «Quand on a des mains fines, les profs nous disent de jouer plus forts, note-t-elle. Alors je cherchais à avoir un son qui se rapprochait de celui de mes idoles. Et vu que celles-ci étaient masculines, j’essayais de jouer plus fort.»

Un peu à l’image de certaines propositions en matière d’élections politiques, une solution avancée en musique pour augmenter le nombre de femmes sur scène est l’introduction de quotas. Mais cette idée ne fait pas toujours l’unanimité. «Avant, j’étais profondément contre, reconnaît Laurence Desarzens. Je trouvais qu’il fallait se baser exclusivement sur la qualité musicale. Pourtant, vu la lenteur de l’évolution, je pense désormais que ce n’est pas une mauvaise chose.» Certaines salles ont ainsi décidé d’adopter un système de quotas. C’est le cas du Bee-Flat à Berne. Arnaud Di Clemente, programmateur du club bernois et du Cully Jazz Festival, vit donc cette réalité au quotidien. «C’était difficile au début, car je voulais privilégier la qualité avant les questions de genre, explique-t-il. Cependant, en élargissant mon réseau et avec le temps, j’y arrive. Et je défends désormais le bienfondé de ces quotas. Mais puisqu’il y a moins de femmes, il faut aller les chercher plus loin. Et quand on augmente la distance, on augmente aussi le coût du voyage. Il faudrait donc trouver des moyens afin de financer tout ça.»

Pour Arnaud Di Clemente, les programmateurs ont aussi un important rôle de médiation à jouer. «Il faut organiser des concerts pour les familles et les écoles, pour amener aux nouvelles générations ce rapport à la musique, estime le programmateur. Il faut leur montrer qu’on peut avoir un groupe avec une batteuse ou une guitariste, et pas uniquement avec une chanteuse.» Selon Laurence Desarzens, il existe de très bonnes musiciennes. «Mais on attend des femmes qu’elles soient toujours dans l’excellence, insiste-t-elle. Quand un groupe d’hommes joue mal, on dit qu’ils jouent mal. Mais quand un groupe de femmes joue mal, on dit que ce sont des femmes. Il faut donc également opérer un changement dans les mentalités.» Affaire à suivre.

Posté par Mirko Martino
mercredi 18 avril 2018
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